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 PATER NOSTER (GINO)

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Mari Salvatici
QUARTIER : OUEST
ACTIVITÉ : SOUILLURE
PRÉNOM : SYL20
AVATAR : KNIGHTON
CRÉDITS : SELF
Messages : 52


MessageSujet: PATER NOSTER (GINO)   Dim 8 Jan - 20:29

La nuit s'annonce.
Il n'y a plus rien. Seulement quelques trainées de lumière qui passent au loin sur la route adjacente. Les phares de la berline noire éclairent un vaste champ de mines. Un cimetière de carcasses. Il y a sûrement beaucoup de rouille ici, et même peut-être un peu de sang. Il a de la vie mais surtout de la mort. Un terrain de jeu idéal pour le carnassier qui n'attend que de déployer ses immenses ailes brulées.
Les clés tintent sur le tableau de bord. Ses gants en cuir crissent sur le volant. Avec un peu d'hésitation, sa main droite attrape la poignée et la portière s'ouvre. Il lui aura fallu quelques semaines avant de se familiariser avec le volant de ce côté. Mari n'est jamais le passager de rien, mais le conducteur de tout. Il tient la barre, crie sur ses pairs et montre du doigt.
Le froid s'engouffre dans l'habitacle. Une fumée blanche s'extirpe de sa bouche craquelée, amochée par les mots du péché. Ses jambes se tendent dangereusement sur le sol poussiéreux, durcit par les gels successifs de cet hiver âpre. Avant que son corps ne se balance entièrement en avant, il saisit avec fermeté le vieux téléphone à clapet qui traînait là, près du levier de vitesse.
La porte se ferme lourdement derrière lui et s'accompagne d'une mélodie grave qui résonne jusqu'aux bordures du terrain. Le silence s'échappe à cet instant, les ailes d'animaux nocturnes frappent l'air et perpétuent cette drôle de ritournelle funeste. La lumière bleue de l'écran illumine le visage creusé de Mari.
Destinataire : G.
Contenu : Ce soir, minuit. Tu sais où. Souviens-toi : si tu m'aides, je t'aide.
L'appareil vole en éclat sur le sol. Son pied écrase les débris jusqu'à ce que les morceaux se mêlent avec le reste des ordures du terrain vague. Il attrape une boîte argentée dans la poche de son manteau et en sort une cigarette, ainsi qu'un briquet massif, sur lequel sont gravées des initiales accompagnées d'un blason. Le feu réchauffe un instant son visage. La lueur orangée donne à Mari un air démoniaque, comme si le diable en personne, s'étant emparé de l'homme, délectait la flamme qui lui rappelle les tréfonds de son empire. Une madeleine de Proust qui ravive d'infâmes images.
Les phares de la voiture sont restés allumés. Le halo pyramidal s'estompe au loin. Mais une masse noire, rectangulaire, rompt la course effrénée de la lumière. Mari est pris d'un rictus (soulagement).
Il s'approche, laissant dans son sillage une fumée épaisse qui peine à s'effacer.
- Pater noster, qui es in caelis. Sanctificetur nomen tuum. Adveniat regnum tuum. Fiat voluntas tua, sicut in caelo et in terra (...)
   


Dernière édition par Mari Salvatici le Ven 3 Fév - 18:46, édité 1 fois
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Gino Salvatici
QUARTIER : OUEST
PRÉNOM : NEPTUNIUM 237
AVATAR : ELIAS
CRÉDITS : SOHA
Messages : 594


MessageSujet: Re: PATER NOSTER (GINO)   Ven 3 Fév - 18:34

Les Salvatici appartiennent à la nuit.
C’est comme ça, c’est un fait. Toutes les choses importantes se sont déroulées sous des ciels noirs et dangereux, seules les lumières laissées par les étoiles laissaient présager quelque chose de doux. Mais nous étions comme ça, dans la famille, des oiseaux de nuit, manigançant dans le dos du jour. Pourtant, le paradoxe voulait également que nous soyons des fidèles adorateurs de l’astre solaire. Ici, à Killorick, nous mourions tout doucement à petit feu, comme rongés par la pluie et par la lourdeur des nuages. Il faut croire que c’était notre tendon d’Achille et que le soleil était le véritable régénérateur, la source de vie ! Celui qui nous donnait la force invisible de vivre la nuit.
La figure paternelle s’était évanouie au crépuscule, quelque chose d’important allait se passer. Je ne savais pas encore quoi, seulement que c’était une étape majeure, parce que j’étais concerné. Mais peut-être aussi à cause du mutisme de ma mère, ou de la nervosité ambiante à la maison. Mais la nervosité était un trait de caractère. Plus que la nervosité, c’était une névrose générale qui subsistait entre les riches murs de notre maisonnée.
L’écran de l’appareil s’illumine.
Je reconnais alors l’expression bien à lui, propre à Mari Salvatici, celle qui n’appartient qu’à sa langue.
- Si tu m’aides, je t’aide.
Sans plus tarder, j’enfile mon blouson de cuir et me dirige vers la sortie. Je me donne à la nuit. J’ai le temps pour arriver à minuit, il m’a laissé le temps pour marcher. Pour marcher parce qu’il sait que nous sommes des créatures nocturnes et que j’ai besoin de m’imprégner de la nuit, d’être recouvert de la pellicule huileuse qui lui est propre pour devenir quelqu’un d’autre.
Moins humain.
Plus animal.
Faire confiance à mon instinct, celui qui renvoie au stade primaire des hommes : chasser, cueillir pour se nourrir. C’est dans cet état que je suis. Rien ne se passe pendant le trajet, comme si les rues m’appartenaient, devenant ainsi la seule voie possible à suivre.
Et puis, le terrain vague, au milieu d’un petit nulle part.
Les phares puissants de la voiture éclairent le rien mais me guident et je suis aveuglément, comme un papillon de nuit viendrait se heurter inlassablement contre l’ampoule blanche. J’aperçois peu à peu la silhouette grande, massive, importante de mon père qui se découpe dans la lueur des feux. Même de dos, même masqué par la nuit, moins visible, comme un ombre, il m’impressionne de la même façon qu’en plein jour.
Parce que tout son corps tendu vers un seul et même objectif me rappelle qui il est.
Pour moi.
Plus qu’un père, sans doute. C’est certain, même. Il est la carnation de mon ambition, ce que je dois devenir – en mieux. Parce qu’on essaie toujours de faire de ses enfants quelque chose de mieux que soi-même.
- Papa.
Je dis alors, pour manifester ma présence, même s’il a dû m’entendre arriver de loin.
Je baisse les yeux vers la masse solide qui est à ses pieds et qui brise le halo lumineux donné par la voiture.
- Qu’est-ce que c’est ?
Je demande alors.
J’ose poser la question – a contrario de Perceval qui, resté muet devant la merveille, condamna son existence entière à un malheur certain.
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